Comment intégrer la prévention des risques psychosociaux dans son management
- Mathias Lvr
- 5 août
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 15 août

Dans l'univers professionnel actuel, la gestion et prévention des risques psychosociaux (RPS) représente un défi majeur pour les organisations. Lors d'une récente intervention dans une entreprise en pleine restructuration, j'ai été frappé par l'anxiété palpable au sein des équipes. Le manager, débordé par ses objectifs opérationnels, négligeait complètement les signaux d'alerte émis par ses collaborateurs. Cette situation m'a rappelé combien l'intégration de la prévention des RPS au management quotidien est devenue cruciale. Avec 44% des salariés français exposés à un stress important et 41% s'étant absentés au moins une fois pour un motif lié aux RPS selon le Baromètre Absentéisme 2023, les conséquences humaines et économiques sont considérables. Un climat de travail stressant augmente le risque de turnover de 50%, tandis que l'absentéisme lié au stress représente environ 3500€ par salarié et par an pour les entreprises françaises. Face à ces enjeux, le manager doit repenser son approche pour créer un environnement professionnel préservant la santé mentale tout en maintenant la performance.
Avant de l’intégrer à votre management, il est essentiel de comprendre les étapes clés d’une démarche de prévention structurée.
Pourquoi la prévention des RPS est incontournable en 2025
L'évolution constante du monde du travail a profondément transformé les relations professionnelles. Le développement du télétravail et des organisations hybrides a progressivement effrité le lien humain, rendant la communication plus complexe. Ces changements ont généré des tensions invisibles mais bien réelles au sein des équipes.
Les managers se retrouvent aujourd'hui pris en étau entre la nécessité de garantir la productivité et celle d'assurer le bien-être de leurs collaborateurs. Une pression qui s'accentue lorsqu'on constate que 60% des travailleurs déclarent subir un stress régulier, réduisant leur productivité de près de 30%. En 2025, la prévention des RPS n'est plus une option mais une nécessité stratégique absolue.
Les signaux d'alerte sont nombreux et doivent être identifiés rapidement : tensions non résolues entre collègues, manque d'engagement, désintérêt croissant pour les projets, baisse de créativité, absences fréquentes ou baisses de performance. Lors d'un accompagnement récent, j'ai observé comment une équipe talentueuse sombrait progressivement dans le désengagement. La cause? Un management inadapté qui négligeait ces indicateurs précoces.
Plusieurs facteurs liés au management peuvent aggraver ces risques : absence d'écoute active, manque de reconnaissance, défaut d'autonomie, organisation défaillante, pression accrue et comportements managériaux inappropriés. Ces éléments créent un terreau fertile pour le développement des RPS si aucune action n'est entreprise.
Le DUERP en action : un levier puissant de prévention
Le Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) constitue bien plus qu'une simple obligation réglementaire. Il représente un outil fondamental pour toute démarche de prévention efficace des risques psychosociaux. Trop souvent relégué au rang de simple formalité administrative, ce document mérite d'être valorisé comme un véritable levier d'action.
Pour transformer le DUERP en outil opérationnel, le manager doit s'appuyer sur une méthodologie structurée en plusieurs étapes clés. La préparation de la démarche commence par définir un cadre et des règles de fonctionnement claires. Vient ensuite l'analyse des situations de travail réelles pour comprendre les conditions d'exposition aux risques. Cette phase d'observation directe m'a permis, dans de nombreuses interventions, d'identifier des facteurs de risque ignorés par les responsables.
L'élaboration d'un plan d'actions adapté aux résultats de l'analyse constitue la troisième étape. Ce plan doit ensuite être mis en œuvre de façon effective, avec un suivi et une évaluation régulière des actions déployées. J'ai souvent constaté que l'échec des démarches de prévention résidait dans l'absence de cette phase d'évaluation.
Quelques principes fondamentaux doivent guider cette démarche : centrer l'analyse sur les situations de travail et non sur les comportements individuels, adopter une approche participative impliquant représentants du personnel et service de santé, obtenir l'engagement formel de l'employeur et formaliser par écrit les règles encadrant la démarche.
Intégrer la prévention des risques psychosociaux dans son management quotidien
La prévention des RPS ne se limite pas à des actions ponctuelles ou à des interventions de crise. Elle doit s'inscrire dans une démarche globale et quotidienne qui repose sur trois niveaux de prévention complémentaires : primaire (éliminer les causes à la source), secondaire (limiter les impacts en renforçant les ressources des équipes) et tertiaire (accompagner les collaborateurs déjà affectés).
Au quotidien, le manager peut déployer plusieurs actions concrètes : encourager les initiatives et valoriser les propositions d'amélioration, adopter une communication bienveillante et pratiquer l'écoute active, favoriser des pauses actives comme de brèves sessions de méditation ou d'étirements. J'ai personnellement expérimenté l'efficacité de ces micro-pauses lors de formations intensives, où elles permettaient de maintenir l'attention et de réduire la tension.
Mettre en place des feedbacks réguliers sur la charge de travail, clarifier les rôles et responsabilités de chacun, donner aux salariés la possibilité de participer aux actions de changement sont également des leviers efficaces. L'amélioration de la communication sur la stratégie de l'entreprise permet de réduire les incertitudes génératrices d'anxiété.
Des actions collectives comme l'organisation d'ateliers sur la gestion des émotions ou la mise en place d'un baromètre de climat social complètent utilement ce dispositif. L'organisation du travail doit être pensée pour le rendre stimulant, en favorisant notamment les échanges entre tous les acteurs de l'entreprise.
Adapter sa posture managériale pour devenir acteur du changement
Devenir un manager acteur de la prévention des RPS implique avant tout une transformation profonde de sa posture professionnelle. Cela commence par clarifier son propre rôle en tant qu'acteur clé de la prévention et identifier ses croyances limitantes sur la qualité de vie au travail.
Une approche efficace consiste à étudier les quatre cadrans de la Qualité de Vie au Travail : relationnel (encourager la collaboration et la communication bienveillante), organisationnel (adapter les process pour réduire les zones de stress), individuel (prendre en compte les besoins personnels des collaborateurs) et environnemental (améliorer les conditions physiques de travail).
Pour être pleinement efficace, le manager doit savoir mobiliser les différents acteurs de la prévention : chefs de service, assistants et conseillers de prévention, médecine du travail, représentants du personnel. La coordination de ces différentes ressources s'est révélée, dans mon expérience, un facteur déterminant de réussite.
Les outils d'évaluation comme "Faire le point RPS" pour les petites entreprises ou l'outil RPS-DU pour évaluer les facteurs de risque constituent des supports précieux. Grilles d'analyse, questionnaires sur le stress ou autodiagnostics des postures managériales complètent utilement cette boîte à outils. L'essentiel reste par contre dans la posture : adopter une approche proactive, reconnaître les besoins des collaborateurs et rester attentif aux spécificités des différents RPS

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